On ne peut apporter aucune
précision quant
à la date de la première construction de Chora. Probablement
un édifice de dimensions modestes
a été érigé sous Constantin au IVème siècle
hors des murs de l’enceinte de Constantinople.
La plupart des vestiges de l’édifice visibles aujourd’hui
datent d’environ 1075 à 1080.
La belle-mère d ‘Alexis Ier Comnène, Marie Doukena, fit
construire l’église sur un plan "en croix grecque"
inscrite, style apparu au XIème siècle et qui servira de modèle
pour les églises orthodoxes jusqu’au XVIIIème siècle.
Au début du XIIème
siècle un séisme détruisit partiellement l’église.
C’est l’un des fils d’Alexis Comnène, Isaac, qui
la fit reconstruire. Il faudra attendre encore deux siècles pour que
Chora soit dotée des fresques et des mosaïques que l’on
peut admirer aujourd’hui. C’est Théodore Métochitès,
ministre de l’empereur
Andronic II, qui en est à l’origine. Ces oeuvres furent exécutées
entre 1310 et 1320. L'ensemble de ces mosaïques constitue une des meilleures
illustrations de la renaissance artistique sous la dynastie des Paléologues.
Si on connaît les commanditaires, on ignore par contre l’identité
des artistes mosaïstes. Quelques années plus tard Théodore
Métochitès, exilé entre temps, revint à Constantinople
en tant que moine de la congrégation de Chora.

Les tableaux, aujourd’hui on est certain,
datent du XIVème siècle et reflètent fidèlement
la renaissance byzantine.
Les règles sont un peu bousculées, l’artiste prend des
libertés avec les normes et donne libre cours à son imagination.
L’interprétation des scènes
et des personnages est caractérisée
par la même insouciance.
Vie et mouvement se substituent
à la rigide hiérarchie sans pour autant
que soient reniées les traditions
et la technique classique.
L’émotion de l’artiste est désormais visible. C’est
l’exonarthex qui renferme les plus belles mosaïques de Chora. Les
personnages abandonnent leur rigidité et les silhouettes
ne se détachent plus toujours sur les traditionnels fonds d’or.
Les carreaux sont plus petits et les effets de couleur
sont recherchés dans les techniques
de la peinture à l’huile ou l’aquarelle.
Ainsi les visages s’animent de rose
et donnent l’illusion de vie.
La vie profane perce à
travers les thèmes religieux, l’esprit n’est plus tourmenté
mais il s’imprègne de vie. Ce renouveau artistique se remarque
aussi dans le choix des couleurs, la fantaisie dans le traitement des costumes,
le raffinement des formes.
Ces brillantes créations voient le jour à l’aube du déclin
de Byzance.
Mehmet II s'empare de Constantinople
qui tombe
aux mains des Ottomans en 1452.
Le Grand Vizir de Beyazit II, Hadim Ali Pacha, transforme
l ‘église en mosquée en 1511
sous le nom de Kariye Câmii.
Les mosaïques et les fresques
sont recouvertes,
mais ne sont pas détruites.
Le premier historien à
explorer Chora au début du XVIème siècle, est un albigeois
du nom de Pierre Gilles ou Petrus Gyllius puisqu’il tenait ses notes
en latin. Il mentionne bien les revêtements de marbre mais pas un mot
sur les fresques et les mosaïques. Pourtant seule une partie avait été
recouverte lors de la transformation de l’église en mosquée.
Au XVIIIème siècle un voyageur anglais James Dallaway qui avait
visité la mosquée confirma les dires d’autres visiteurs
chrétiens qui prétendaient que les mosaïques n’étaient
pas recouvertes. D’autres témoignages affirment que des imams
se prêtaient volontiers comme guides pour faire visiter à des
étrangers mosaïques et fresques.
En 1948, Thomas Whittemore et Paul A. Underwood, du Byzantine Institute of
America et du Dumbarton Oaks Center for Byzantine Studies, ont sponsorisé
un programme de restauration. Depuis ce temps, l'édifice cesse d’être
une mosquée.
En 1958, il fut ouvert au public en tant que musée.


Théodore Métochitès
restaure l'église
et fait don
de sa bibliothèque
au monastère